La Rochelle 2014

L'introduction de Pénélope

LPenelope photoes 29, 30, et 31 août se déroulaient les Universités d'été du Parti Socialiste et du Mouvement des Jeunes Socialistes à La Rochelle. Nous sommes 13 militants de la fédération de l'Hérault à nous être déplacés à ce rendez vous annuel. Étant donné les circonstances et les événements ayant eu lieu juste avant ces universités, nous nous attendions à une édition assez mouvementée et surtout d'autant plus intéressante et forte en débats. Ce fût effectivement le cas, tout en restant dans une ambiance conviviale et agréable : nous avons pu assister à des ateliers, des débats, des plénières, des discours, venant de la part de toutes les sensibilités du parti, du MJS ou du PS. Ce qui a pu nous enrichir, éclairer et renforcer nos convictions.

Ce fût également l'occasion pour le MJS de lancer la nouvelle campagne nationale « #stopTAFTA », de discuter avec le premier secrétaire du Parti Socialiste, Jean Christophe Cambadélis, de recevoir Christiane Taubira, Patrick Kanner, Edwy Plenel, Guillaume Duval et beaucoup d'autres.

Ces Universités d'été sont toujours un moment d'échange, de discussions, de rencontres : elles sont très intéressantes et instructives pour tous ceux qui souhaitent apprendre, exprimer leurs idées, ou tout simplement passer un bon moment entre camarades.

Les comptes-rendus de Camille

Camille

Atelier - Génocide contre les Tutsis au Rwanda

Nous avons visionné une vidéo sur le voyage effectué au Rwanda par le MJS dans sa lutte pour la vérité lors du génocide. Ensuite, nous avons eu droit au témoignage des intervenants.
Le premier des intervenants avait 15 ans lors du génocide. Il nous a expliqué les causes sous-jacentes au conflit (question de pouvoir, discrimination, racisme, etc ... ), et les moyens mis en oeuvre pour propager cette haine (propagande gouvernementale, ségrégation à l'école)
Le second intervenant était militaire dans l'armée française lors du mandat de l'ONU : la mission turquoise. Il nous a parlé de détails frappants qui peuvent mettre la France en bien mauvaise posture si ils sont avérés. En effet, la France aurait pu se montrer "complice" d'un massacre en n'aidant pas comme ils auraient dû les Tutsis  (contre-ordre successifs, aide au pouvoir génocidaire en les laissant fuir)
Enfin, le dernier intervenant, historien, a rappelé les dates fondamentales de ce génocide ainsi que ses tenants et aboutissants.

Atelier - Combattre les nouveaux visages de l'extrême-droite

Constat : embellissement du FN par des élus jeunes et diplômés. Changement radical dans la manière d'appréhender la politique : campagne par les médias, ils se portent comme des chevaliers blancs contre le "mal" (immigration, corruption...), ils simplifient leurs messages politiques.
L'électorat visé est normalement destiné à la gauche (jeune, monde ouvrier, etc.)
Contrairement à leurs premières gestions (avec l'exemple d'Orange), au niveau local, le Front National gère globalement bien ses communes (selon les membres EELV du conseil municipal d'Hénin-Beaumont).
Les militants ressentent globalement une incapacité à riposter aux propos démagogues, réducteurs et haineux propagées par le FN.

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Carte électorale

Atelier - Reconquérir l'électorat de gauche

Nous sommes globalement partis d'un constat, celui d'une désillusion. Le contraste entre la dynamique autour du candidat Hollande lors du discours du Bourget puis aujourd'hui avec la nomination d'un ministre, Emmanuel Macron, qui tient des propos peu enjôleurs vis à vis des 35h. Les électeurs se sentent trahis et perdus.
Les solutions proposées :
- Rétablir la confiance avec des électeurs perdus (renouvellement des élus avec plus de jeunes, campagnes d'explication de nos actions hors temps électoral, lutter contre la démagogie de la "propagande" adverse sur des thèmes comme la réforme pénale, des rythmes scolaires, etc ... )
- Trouver des voix chez les non politisés et les abstentionnistes (campagnes récurrentes dans des lieux de concentration des jeunes : lycées, centre-ville... Les insérer dans le débat comme avec le sondage "Bouge ta gauche", récupérer les 80% d'abstentionnistes chez les jeunes par la Conférence Climat Paris 2015)
- Changer nos méthodes militantes (campagnes hors temps électoraux, parler de nos expériences personnelles, militantisme régulier et de proximité, explication des résultats de l'action gouvernementale) Pour résumer, mettre le contact humain et le débat au centre du militantisme.

Plénière - Démocratie : Le sursaut ou le chaos

Cette plénière était surtout une critique adressée à la Veme République, modèle démocratique mettant en avant une "hyper-présidentialisation". Les événements nous l'ont montrés, le Parlement n'a pas de pouvoir face au gouvernement qui peut imposer ses réformes par des pressions, des rappels à l'ordre concernant "la solidarité gouvernementale". Une députée raconte ainsi ses déboires face au gouvernement. Les intervenants ont ainsi parler de crise politique sans précédent entre un gouvernement autoritaire, un parlement finalement peu apte à remplir son rôle de représentation et de contre-pouvoir législatif. Ils ont plaidé en faveur d'une VIème République parlementaire, plus démocratique et plus apaisée que la Vème.

Constitution sceau

Le compte-rendu d'Eugène

Eugene

Atelier - Energie : L'ambition de la transition en 2014

Transition large

 

La transition énergétique : quels champs ?

- Changement des sources d'énergie, et changement dans la façon d'utiliser l'énergie => Ce qui aborde donc la question du nucléaire.
- Volonté d'aller vers des sources d'énergie plus écologiques, avec une réduction de la consommation d'énergie => ce qui peut avoir un impact sur la compétitivité des entreprises et un avantage géopolitique avec l'indépendance énergétique.
- Transition signifie progressif : quelle échelle de temps ?
- Ce n'est pas qu'écologique, c'est aussi économique : un nouveau système

Il s'agit donc réellement d'un nouveau modèle de développement.
Ce nouveau modèle devient nécessaire car il y a épuisement des ressources naturelles, et un tel système est un excellent moyen de lutter contre le réchauffement climatique, en réduisant les gaz à effets de serre émis.
Egalement, il faut savoir que la balance commerciale de la France est déficitaire. Or la France importe la quasi totalité de ses combustibles afin de produire de l'énergie. Être indépendant énergétiquement parlant permettrait de réduire ce déficit (environ 65 milliards d'euros). (Encore faudrait-il tenir compte des effets sur la compétitivité de nos entreprises exportatrices, notamment dans l'industrie, avant de se prononcer de façon rigoureuse sur les effets sur la balance commerciale).
A long terme, la transition énergétique représente 70 milliards d'euros d'économies et génératrice de plusieurs centaines de milliers d'emplois.

Concrètement, la transition énergétique s'opère de différentes façons :
- Par la limitation des passoires énergétiques, responsables de la précarité énergétique (personnes incapables de payer leurs factures d'énergie). Un plan de rénovation thermique du bâti est prévu dans le projet de loi sur la transition énergétique avec 150 000 emplois programmés dans ce but.
- Localisation de la production d'énergie, avec les énergies intermittentes, dont les scientifiques ont avancé des solutions pour la stocker afin de répondre aux problèmes de la répartition de l'énergie demandée selon la période de la journée.
Cette localisation accompagnerait la décentralisation de la République, décentralisation qui devra prendre en compte les déplacements de populations dûs aux changements climatiques à venir.

Il existe différentes initiatives, à différentes échelles qui ont mis en oeuvre la transition énergétique :
Il s'agit de toutes les entreprises de recyclage, comme l'exemple qui suit : une usine à bois produit des planches; lors de la confection de planches, sont dégagés des copeaux de bois. Ces copeaux sont récupérés par une entreprise publique qui les incinère afin de produire de l'énergie. Une telle usine a permis l'autosuffisance énergétique de la Lozère (Mende).
Il s'agit également de différentes incitations fiscales afin d'inciter les agents à investir dans des biens favorisant ou mettant en oeuvre la transition énergétique.
Il s'agit de l'aménagement urbain, des structures des villes : avec disponibilité de lieux de vie à proximité des domiciles afin d'inciter à se déplacer à pied ou à vélo etc..., de la mise en disponibilité de vélibs...
La mise en place d'usines de méthanisation... Toute usine produisant de l'énergie à partir de matières récupérées et renouvelables.
La mise en place d'un marché carbone à l'échelle européenne, ce qui permet en principe d'internaliser les coûts subis par la collectivité au sein des entreprises responsables, mais cette politique fût un échec car les droits à polluer restent trop importants, c'est à dire qu'ils ne sont pas assez rares pour avoir un coût significatif, et l'internalisation est insuffisante.


Le projet de loi sur la transition énergétique s'articule autour de quatre points importants :
- les transports
- le nucléaire
- le logement et l'urbanisme
- l'économie circulaire

Si ce projet de loi est intéressant, il n'est pas suffisant, et d'autres lois ont pu servir la transition énergétique.
Il s'agit par exemple de la loi sur la consommation, avec l'économie de la fonctionnalité, le partage des outils, et la limitation de l'obsolescence programmée, et une importance marquée sur le caractère recyclable des biens produits ( avec les Fablabs notamment : lieu de mise en commun de plans et de données afin de permettre de recycler/réparer des biens et de les réintégrer sur le marché, ou dans l'autoconsommation).

Le Réchauffement climatique

De façon globale, jusqu'au XVIIIe siecle, la nature avait quasi systématiquement le dessus sur l'Homme. Depuis lors, il semblerait que ce rapport se soit inversé. Les systèmes naturels de régulation, notamment des ultraviolets sur Terre (glaciers, océans, couche d'ozone...) ne sont plus suffisants car l'action de l'Homme détériore cet écosystème de façon à la dérégler. Il y a donc des conséquences anthropiques.

Face aux risques encourus par les changements climatiques, une partie du Mouvement s'insurge contre le fait que la transition est trop longue et que les mesures restent trop à la marge, alors que c'est tout le système (économique) qu'il faudrait relocaliser afin d'agir efficacement (encore faudrait-il en relocalisant maintenir une production à même de satisfaire les besoins des consommateurs, et que cette production relocalisée soit elle-même peu polluante. Quoi qu'il en soit, les coûts de transports, bien souvent aberrants et générateurs de gaspillage lors des transports, seraient évités).

Militantisme législatif :

Il est recommandé, afin de pouvoir représenter de façon convaincante devant nos parlementaires, de rencontrer diverses associations/entreprises concernées par ce projet de loi.

Il faut savoir qu'il existe dans ce projet de loi des objectifs chiffrés dans un calendrier donné. Cependant, les moyens avancés (10 milliards d'euros) semblent clairement insuffisants, puisque 20 milliards d'euros manquent pour mener à bien ce plan.
Une autre critique adressée est celle de la non fermeture de réacteurs nucléaires : la réduction de 75% à 50% de nucléaire n'étant qu'en terme de part dans le mixte énergétique consommé en France, et ce déclin relatif étant induit par l'augmentation de la production d'énergie à partir de sources renouvelables et propres.

Une source d'échanges intéressants pourrait venir du "réseau action climat" qui regroupe diverses grandes ONG (Greenpeace, WWF...) et membre du Conseil National Transition Energétique, et également du Conseil Economique, Social et Environnemental.
Des points importants qui sont mis en avant par ceux-ci : La question de la mobilité durable, de l'urbanisme, l'objectif de 45% d'énergies renouvelables d'ici 2030, une date limite quant à la durée de vie des centrales nucléaires, l'accélération de la rénovation des bâtiments afin de cesser de gaspiller de l'énergie le plus tôt possible, une institution financière unique pour la transition énergétique afin de clarifier les différentes offres et incitations allant dans ce sens.
Enfin, est également proposé la mise en place d'une gouvernance énergétique décentralisée, c'est-à-dire dirigée par les Collectivités Territoriales.

Les comptes-rendus de Rémi

Remi

Atelier - De l'ORTF à Médiapart : où en est l'indépendance des médias ?

Présentation des intervenants :

Edwy Plenel est depuis fin 2007 le directeur de Mediapart, journal d’information en ligne payant et directeur de la publication du journal. Il en a été le cofondateur avec François Bonnet (chef adjoint du service Politique à Libération puis ex-chef adjoint au service Politique au Monde), Gérard Desportes (ancien rédacteur en chef de Libération, travaille actuellement au Point) et Laurent Mauduit (ex-éditorialiste au Monde).
Edwy Plenel a lui-même été directeur de la rédaction du quotidien Le Monde de 1996 jusqu’à sa démission en 2004 suite à des critiques internes sur les orientations prises par le journal.

Karine Gloanec-Maurin est secrétaire Nationale du PS à la Culture. Elle est également la présidente d’honneur de la FNCC (Fédération Nationale des Collectivités territoriales pour la Culture. Elle représente l’Association des Régions de France au Conseil des Collectivités Territoriales pour le développement Culturel (Ministère de la Culture et de la Communication) depuis 2010. Au titre de personne qualifiée, elle est représentante des collectivités au conseil d’administration de l’ONDA ( Office National de Diffusion Artistique – Ministère de la culture et de la communication) – Paris. Elle a été nommée en décembre 2012 par la Ministre de la culture et de la Communication au Conseil d’administration de l’Ensemble Intercontemporain créé par Pierre Boulez – Paris. Depuis novembre 2012 elle occupe également la fonction de Vice présidente du Laboratoire des idées, instance de direction du Parti Socialiste après avoir été secrétaire nationale adjointe à la culture de 2008 à 2012 et première secrétaire fédéral du Loir et Cher de 2005 à 2008. Aujourd’hui elle est vice-présidente de la Région Centre en charge des relations internationales, de l’Europe et de l’interrégionalité.


Résumé de la discussion :

Après une rapide présentation des deux intervenants présents, Edwy Plenel a pris la parole afin d’introduire la thématique de l’atelier : l’indépendance des médias dont il était le représentant direct ici car, comme l’a affirmé à de nombreuses reprises le directeur de Mediapart : « Seuls nos lecteurs peuvent nous acheter ».  En effet, dès l’introduction de cet atelier, celui-ci a dressé un portrait actuel des différents médias et a rappelé l’évolution de la circulation de l’information depuis son apogée (que l’on peut situer à peu près à l’affaire Dreyfus, fin XIXeme) jusqu’à nos jours. Il a mis en avant le paradoxe qu’il peut y avoir à se poser la question même d’indépendance des médias qui, par nature, devraient l’être.
Il a remarqué que les médias (et donc, une majorité de journalistes) étaient passés progressivement, avec une accélération notable au moment de l’ouverture du marché aux médias, d’un journalisme d’investigation où l’on cherchait à faire surgir « des vérités de faits1 » à un journalisme où l’on cherche à vendre, à faire le « buzz », mettre en couverture des « scoops » (mot que n’aime pas Edwy Plenel). Edwy Plenel a également fait remarqué que le pluralisme des médias a mis en place un journalisme de qualité médiocre. Contrairement aux attentes que le public aurait pu avoir, le pluralisme des médias les a rapprochés au lieu de permettre une diversité journalistique2. Il a alors relevé que la concurrence, dans le monde économique produit de la différenciation, alors qu’elle produit de la similarité dans la sphère des médias.
Il a ensuite expliqué le rejet de la politique de manière générale, notamment par les jeunes (ce que nous avons pu constater lors des dernières élections), provient de cette personnalisation de la vie politique que véhicule une majorité des médias. De plus, lorsque des mouvements sociaux comme des grèves se mettent en place, les reportages porteront davantage sur les problèmes des usagers des transports en commun plutôt que sur les revendications du personnel qui est en grève. L’illustration parfaite de cette thèse est le phénomène du « micro-trottoir » où un journaliste va poser des questions anodines aux usagers tout en sachant déjà les réponses que ceux-ci vont lui apporter.

A partir de là, Edwy Plenel a orienté la discussion vers l’avenir du journalisme et sa pratique, notamment autour de l’exemple de Mediapart. D’après l’ex-directeur de la rédaction du Monde, il conviendrait de s’orienter vers le numérique afin de réduire les coûts de production des journaux, tout particulièrement des quotidiens. Il faut être « au cœur de la modernité ». Deux perspectives peuvent alors être envisagées à partir de là.

- Soit le numérique va permettre au journalisme du pluralisme car il n’y aura plus d’intérêts économiques aussi important derrière mais une véritable « bataille » pour l’information.

- Soit le journalisme se retrouvera en totale régression car, via internet, une majorité d’utilisateurs et de rédacteurs chercheront à faire le buzz, le scoop comme on le voit déjà actuellement.

Edwy Plenel a alors rappelé les différents lobbies, surtout économiques qui existent actuellement dans l’univers des médias. Ainsi, même si l’Etat avait mis en place le système des aides à la presse en France, inventé par Pierre Laval en 1942 et poursuivi jusqu’à nos jours, on a récemment constaté que les journaux les plus aidés sont les plus riches3  alors que ces aides avaient pour but de permettre un pluralisme dans le paysage médiatique.
A contrepied de cela, Mediapart a été mis en place fin 2007 comme un laboratoire, dans lequel il n’y aurait « pas de fatalité ». Ce journal d’information en ligne payant veut permettre à ses lecteurs d’avoir accès aux nouvelles qui elles, selon son directeur, font bouger les choses. Pour mettre en place un nouveau journalisme, il faut apporter des preuves, et c’est avec ses preuves que le journalisme va retrouver son public.  Edwy Plenel a alors rappelé la citation suivante : "La publicité de la vie politique est la sauvegarde du peuple", affirmait en août 1789 Jean-Sylvain Bailly, président du tiers-état et premier maire de Paris, résumant d'une phrase cet enjeu crucial où la liberté de la presse garantit celle des citoyens.
Il nous a ensuite parlé du monde actuel et de son état, évoquant un « écosystème (…) vérolé », d’un monde où il faut faire attention à « l’information qui dérange ». Il a alors illustré son propos en rappelant les inégalités ; le PIB de la Suisse correspond à l’addition du PIB des USA et du Japon. Selon lui, c’est aux journalistes de faire surgir ces vérités de faits afin de permettre aux citoyens que nous sommes de lutter contre ces inégalités. Il a également rappelé que le seul délit que l’on ne peut pas poursuivre légalement est la fraude fiscale.
Le combat qu’il mène est donc celui d’une presse libre et indépendante à la fois au niveau de sa pensée et donc, de sa ligne éditoriale mais également au niveau de son financement, d’où l’avantage du numérique. Il a ensuite conclu son intervention en expliquant vouloir, avec Mediapart notamment « mobiliser le peuple », pensant que le journalisme peut permettre de créer des dynamiques.  Il a vu un effet de levier se mettre en place avec Mediapart et espère que ce mouvement permettra l’extension des droits et des libertés.

Karine Gloanec-Maurin s’est ensuite exprimée sur les différentes avancées juridiques concernant l’indépendance des médias, après avoir dit son profond accord avec les diverses idées avancées par le directeur de Mediapart. Elle a alors évoqué un projet de loi sur l’audiovisuel en cours4 . Elle a ensuite évoquée elle aussi une courte histoire de l’évolution de la liberté dans les médias depuis Jaurès.

Il a ensuite été question de la façon de faire du journalisme de nos jours. Il a été dit que l’on peut juger de l’évolution d’une société à l’état actuel du journalisme dans celle-ci. Le directeur de Mediapart a ensuite qualifié de « liaisons dangereuses » les liens qui peuvent exister entre culture et médias. La question de la vitesse de circulation de l’information est survenue ensuite. En effet, on peut se demander si l’immédiat (le tweet,  les alertes AFP) ne réduit pas la pensée, le but étant toujours d’être le premier à donner une information. Il s’agit donc de dénoncer une course à la rapidité plutôt qu’à la précision.
Sur ce point, Mediapart se distingue ; « Je ne suis pas quelqu’un qui veut réagir tout de suite » a déclaré Edwy Plenel. C’est ainsi que le politique et l’information ont également une liaison dangereuse dans les moments importants, notamment lors des remaniements.
Le journaliste se positionne également contre la doxa en affirmant qu’il ne faut pas manier l’opinion publique avec prudence, épargner des émotions fortes comme le font une majorité de journaux de nos jours. Au contraire, selon lui, on peut dire toutes les vérités même si elles auront des conséquences.
Il a ensuite affirmé être pour la création d’un conseil d’état dont les membres seraient des professionnels du journalisme et de l’Etat.

De nos jours, on considère qu’avoir du pouvoir, c’est avoir de l’information, c’est ce qui explique cette «liaison dangereuse » qui s’est installée entre Etat et Médias. Pour cette raison, il faudrait mettre en place des sociétés de presse à but non lucratif qui pourraient déployer ses contenus.
« Le journalisme n’est pas une aventure personnelle », a affirmé M. Plenel. Mediapart compte aujourd’hui presque 100 000 abonnés. Le directeur du journal explique ce succès par l’échange, le dialogue qui peut s’instaurer entre journalistes et lecteurs. « On peut critiquer les journalistes et ils vous répondront ».
Mediapart est un journal qui vérifie ses informations, qui donne des vérités de faits, des informations justes5 . Si la société s’est effondrée pendant la Seconde Guerre Mondiale, c’est notamment parce qu’on ne donnait pas des informations sûres aux gens, pense Edwy Plenel.
Ainsi, il faut faire le « Pari de la Liberté ». Parier sur le fait que la liberté du numérique permettra à ce pluralisme et cette honnêteté intellectuelle attendue par les lecteurs pour être reconquis. Il faut toujours apporter des informations d’utilité public.

En conclusion, les médias d’information en continue ont été évoqués. On peut se poser la question du gâchis de l’information à filmer un journaliste qui attend devant le Palais de l’Elysée alors que la réunion en question qui, elle, est intéressante, n’a lieu que dans une heure ou deux. Il faut, pour reprendre les mots du directeur de Mediapart « dépolluer la mer ».
Enfin, on peut s’interroger sur le fait de se poser la question même de l’indépendance des médias. Pourquoi faudrait-il que les médias soient indépendants ? Pourquoi les médias doivent-ils être indépendants ? Pour que la démocratie soit effective ! Pour l’émancipation de chaque citoyen, pour que  chacun fasse ses choix en pleine conscience des enjeux et des aboutissants ! Pour batailler contre l’hégémonie culturelle.

 

1 A plusieurs reprises, Edwy Plenel, puis Karine Gloanec-Maurin feront référence à cette notion de « vérités de faits » qu’a mis en place Hannah Arendt dans La Crise de la Culture, 1961. Pour faire simple, la philosophe oppose la vérité de fait, c'est-à-dire une vérité inconditionnellement vraie car vérifiable et objective à la vérité de raison qui, dans son cas, prétend une chose dont on pourrait dire l’inverse également.

2 A ce moment de son exposé, Edwy Plenel nous renvoie à la lecture d’un essai de Pierre Bourdieu : Sur la télévision, paru en 1996.

3 Source : http://droit-finances.commentcamarche.net/faq/33224-presse-subventionnee-les-20-journaux-les-plus-aides-par-l-etat

4 http://www.assemblee-nationale.fr/14/projets/pl1114.asp

5 La lecture de l’Etrange Défaite, écrit par Marc Bloch et publiée en 1946 est conseillée à ce moment de l’atelier pour saisir les liens qui existent entre écriture, liberté et vérité.

Atelier - Ecole, les jeunes méritent l'égalité


Présentation des intervenants :

François Dubet est un sociologue français,et directeur d'études à l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS). Il était professeur à l'Université Bordeaux II jusqu'à sa retraite en 2013. Il est l'auteur d'études consacrées à la marginalité juvénile, à l'école et aux institutions. Il a dirigé l'élaboration du rapport Le Collège de l'an 2000 remis à la ministre chargée de l'enseignement scolaire en 1999. Parmi ses ouvrages, on peut citer L'école des chances : Qu'est-ce qu'une école juste ?, essai publié chez Seuil en 2004 dans lequel il pense la sélection et le mérite dans le cadre de l’école.

Claude Roiron est secrétaire nationale du PS et inspectrice d’Académie. Elle a commencé sa carrière dans l’enseignement, d’abord à l’Institut de Touraine, puis à l’Institut du travail social de Tours et à l’École supérieure de commerce de La Rochelle. Depuis le 10 juillet 2014, elle est également secrétaire nationale du Parti Socialiste chargée du droit des femmes et de la parité.


Résumé de la discussion :

L’atelier a démarré par un constat. Le constat de l’état actuel de notre école française publique. Depuis de nombreuses années, force est de constater que les inégalités se creusent de plus en plus. Or, l’Ecole devrait être cette institution qui atténue les inégalités sociales. Depuis la suppression de l’examen de passage en 6eme, les inégalités sociales et culturelles sont plus importantes.
A l’université, seuls 6% des étudiants sont des fils d’employés ouvriers. L’Ecole, au lieu d’être émancipatrice, est donc la cause d’une reproduction sociale qui perpétue et prolonge les inégalités. C’est aussi une école de la culpabilisation de l’échec, notamment avec le classement et la notation qui s’est installée au fil du temps alors qu’elle promeut en même temps l’égalité des chances.
Des   différences ont ensuite été faites entre égalité, équité et égalitarisme.
D’un autre côté, il faut séparer l’égalité d’accès à l’efficacité à un égal accès.  Un autre constat préoccupant : entre 15 et 20% des élèves qui arrivent en 6eme ne savent pas lire « correctement » (on entend par là relativement rapidement et en comprenant le sens de ce qu’ils lisent).
Sous le gouvernement Sarkozy, des avancées ont eu lieu ; les internats d’excellence,  même si on peut leur  reprocher une vision sportive et compétitive de l’éducation.

La gauche est scolairement conservatrice. D’après François Dubet, « la production des élites est le programme que tout professeur a dans la tête ». Selon lui, il faut distinguer équité des chances et équité des savoirs. Il a constaté dans ses recherches que les meilleurs des élèves sont les plus riches, ceux dont les parents peuvent être médecins. « Des riches sont payés par les pauvres sous le masque de la gratuité », a-t-il affirmé. Il faut faire remarquer que l’offre n’est pas équitable dans la mesure où tous les diplômes ne sont pas équivalents, n’ont pas la même utilité et la même « rentabilité » sur le marché du travail. Du côté allemand, on va davantage se soucier des élèves qui ont des difficultés alors qu’en France, on préférera favoriser l’élite. Ainsi, on peut faire un parallélisme entre inégalités sociales et inégalités scolaires.  



On peut affirmer que l’école est structurellement inégalitaire dans la mesure où il y a de la sélection, parfois par tirage au sort à l’université pour certaines filières.  On considère que dans une classe, un tiers des élèves est en difficulté. Nous avons ensuite réfléchi sur l’importance établie en France au diplôme et non au parcours. A contrario, en Allemagne, 40% des ingénieurs ont précédemment été ouvriers dans leur vie.
L’école privée française, quant à elle, concentre 18% des élèves. Certaines filières prétendent être prioritairement réservées aux élèves provenant de filières professionnelles et technologiques comme les IUT. Pourtant, quand  on regarde les statistiques, on constate qu’une majorité d’étudiants qui les composent sont issus des filières générales. De manière générale, il a été constaté que l’Ecole a besoin d’apaisement.  Pour ce qui est de la répartition du budget de l’Ecole, il a été mis en avant qu’une part importante du budget était absorbée par les Grandes Ecoles (Ecole des Mines, E.N.S, Sciences Po…).
Mais les inégalités sont également des inégalités de genres. En effet, même si ces inégalités sont de moins en moins importantes, une différence entre filles et garçons est toujours notable en ce qui concerne la division  entre les filières scientifiques et les filières littéraires. De plus, les filles  choisiront naturellement de s’orienter vers des études plus courtes. Cependant, on constate que les lycées professionnels sont majoritairement fréquentés par les garçons.
Le moment où l’orientation est décisive se situe au collège, qualifié par M. Dubet de « gare de tri ». C’est à ce moment là qu’il faut parvenir à réaliser les deux missions principales de l’Ecole : transmettre des savoirs et former des citoyens.
De plus on a constaté que les élèves issus de milieux défavorisés avaient plus de mal au moment des reprises (après un pont suite à des jours fériés, par exemple) que les élèves issus de milieux favorisés. Il y a donc un lien fort entre inégalité sociale et inégalité scolaire.

On peut critiquer l’Ecole, mais il faut faire attention aux critiques qu’on lui adresse. Le modèle que prône la droite, explicitement ou implicitement serait celui du fonctionnement de l’école privée sous contrat. Pour ne pas à avoir à en arriver là, il faut travailler autrement avec les professeurs. Tout d’abord, il faut les payer plus pour revaloriser leur travail. Reconnaître le travail d’un professeur, c’est reconnaitre la place du savoir en France.
En ce qui concerne la sélection dans les filières, elle doit se faire justement et efficacement, avec un travail en amont plus important avec les organismes d’informations à l’orientation.  Il faut redonner le goût d’apprendre et, pour certains élèves futurs-professeurs, d’enseigner.
Du côté de la docimologie (la science de l’évaluation), il faut réussi à réunir la confiance de soi et la performance des élèves. On peut aussi chercher de nouvelles perspectives dans la façon d’enseigner dans les zones d’éducation prioritaires (ZEP).

Dans la dernière partie l’atelier, il a été question de la part des militants de s’interroger sur l’évaluation des élèves, la démocratie lycéenne et la sélection. Il a été relevé que chaque professeur est quelqu’un de formidable individuellement mais que c’est le travail d’équipe qui n’était pas optimal. Avec la création de 60 000 nouveaux postes d’enseignants, il faudra également former de nouveaux inspecteurs, trop peu nombreux pour le moment. De plus, la formation des proviseurs est jugée trop courte (1 an), ce qui peut les faire passer pour de « bons administratifs » d’après François Dubet.

En conclusion il a été affirmé que l’Education Nationale n’est pas une science exacte mais aussi que « Le monde change et l’école doit changer ».

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