Discours de notre Animateur Fédéral, Bastien Frayssinoux, en clôture de l'Université de rentrée du Parti Socialiste de l'Hérault

  • Par mjs34
  • Le 14/10/2016
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Je ne peux commencer que par vous remercier, une fois encore, pour votre présence et pour votre confiance, renouvelée.

 

C’est la rentrée et comme chaque année nous nous retrouvons tous ensemble pour bien commencer l’année, dans le débat d’idées et la convivialité militante.

 

C’est une richesse pour nous que de pouvoir faire cela. Je veux y voir deux des marqueurs de notre engagement : les idées et le collectif, d’abord et avant tout.

 

Dans la période que nous connaissons, c’est, je crois, ce qui doit être notre boussole. Intransigeance sur les valeurs, fermeté sur les principes, détermination dans l’action.

 

Et c’est vrai aussi bien au niveau local que national. Disons les choses : beaucoup trop d’aventures individualistes abîment l’honneur de la politique.

 

A mesure que les quêtes personnelles de pouvoir s’activent, les ressorts et les fondements de la politique, au sens noble du terme, se désagrègent.

 

Plus que jamais l’enjeu est d’agir sur le réel, de changer la vie, de transformer la société. Et si cet enjeu est primordial, c’est parce qu’il répond à des urgences vitales, sociale et écologique.

 

Si nous voulons faire de notre engagement un engagement utile, il nous faut dépasser nos guerres d’ego, nos petites querelles, nos pratiques périmées.

 

Le moment impose de nous tous que nous soyons à la hauteur des responsabilités qui sont les nôtres. Et d’abord celles de citoyens. Bien sûr aussi celles de militants politiques.

 

Les défis sont nombreux et nous les connaissons : situation sociale dégradée, désillusion démocratique, menace terroriste, transition écologique, rapports à l’Europe et au monde.

 

Alors je pourrais me lancer dans une énumération de principes et de valeurs. Et l’exercice ne serait pas sans intérêt. Mais je veux aujourd’hui vous parler de concret dans le temps contraint que j’ai devant moi.

 

Il nous faut être capables de parler de la vie des gens, de leurs problèmes quotidiens, des réponses à apporter et donc de la société que nous voulons. Singulièrement pour 2017.

 

Au fond, il s’agit de faire de la Politique. Pas celle qu’on nous propose trop souvent, à grand renfort de coups médiatiques et de dérives politiciennes. Mais celle qui est profondément utile.

 

Permettez-moi donc d’énumérer quelques uns des sujets de fond qu’il me semble nécessaire de traiter dans le cadre des élections présidentielle et législatives.

 

Pour agir à gauche.

 

Agir à gauche, c’est questionner notre rapport au pouvoir, et tout faire au final pour le rendre aux citoyens, car il est aujourd’hui trop concentré entre les mains de quelques uns, voire d’un seul. C’est donc moderniser et changer notre Constitution et nos pratiques politiques. C’est assurer une meilleure représentativité des citoyens, en réformant en profondeur le Sénat - y compris en posant la question du tirage au sort -, et en assumant le scrutin de liste élue à la proportionnelle pour l’Assemblée Nationale. C’est s’assurer que tout soit fait pour que l’exercice du droit de vote, si durement acquis, soit effectif pour tous, y compris en posant la question du vote obligatoire. C’est refuser la toute puissance du chef de l’État. C’est garantir l’indépendance de la Justice. C’est supprimer tous les mécanismes aboutissant à la soumission du Parlement au bon vouloir du Gouvernement. C’est permettre une démocratie active et permanente, au fond.

 

Agir à gauche, c’est prendre la pleine mesure de la gravité de la situation sociale du pays. C’est accepter de voir que malgré tous les points de PIB supplémentaires qu’on cherche à décrocher et qu’on a réussi à décrocher, la pauvreté reste une dure réalité pour tant de françaises et de français, et parfois même quand ceux-ci ont un emploi. C’est donc assumer une remise en cause profonde de notre modèle économique. C’est poser la question d’un nouveau partage des richesses, et donc notamment d’une nouvelle réduction du temps de travail et d’une grande réforme fiscale. C’est poser la question d’une réforme ambitieuse de notre protection sociale au sens large, pour plus de lisibilité, d’efficacité et de justice, et pourquoi pas en posant la question d’un revenu de base inconditionnel et décent.

 

Agir à gauche, c’est savoir d’abord actualiser notre corpus idéologique, au vu des évolutions du monde, et donc savoir prendre en compte la grave, pleine et urgente réalité écologique. Elle dit beaucoup de nous, de ce que nous sommes. Oui, dire cela c’est dire qu’il faut un changement radical de notre modèle de société. Une transformation profonde. Cette révolution écologique, il nous faut la porter. Et donc la définir. Car elle répond autant aux inégalités et injustices qu’induit notre modèle économique qu’aux dérèglements du climat et de l’écosystème planétaire. L’Homme détruit la planète depuis près d’un siècle. Cette destruction est effrénée, effrayante. Les mesures politiques qui doivent en découler sont donc naturellement profondes. Je veux verser au débat quelques idées : rénovation thermique de tous les vieux logements et locaux commerciaux, durcissement des normes de construction de nouveaux bâtiments, politique de désincitation à l’usage du diesel, développement massif des transports publics doux, baisse des tarifs de ces derniers, généralisation des pratiques agricoles biologiques, hausse significative de la part d’énergies renouvelables, plan de lutte contre le gaspillage alimentaire et la surconsommation d’énergie, désincitation à l’usage de la voiture individuelle dans les villes, durcissement des normes environnementales pour les industries polluantes, protectionnisme européen...

 

Agir à gauche, c’est faire du féminisme une priorité première, car le sexisme, les injustices, les inégalités et les violences qu’il engendre, sont insupportables. Elles ne sont pas dignes de l’humanité. Au fond, s'il fallait définir le féminisme, la réponse pourrait à mon sens être simple : la liberté de chacun, l’égalité de tous. Rien d’autre. Encore aujourd’hui, beaucoup trop de faits, d’études et de propos nous démontrent l’actualité et la justesse de ce combat. Et dans ce domaine, il s’agit d’abord de se remettre en question nous mêmes, nous chacun dans nos vies : sommes-nous déjà capables de nous appliquer les principes que nous défendons pour les autres ? Ensuite quand vient le temps du politique, l’enjeu est d’agir sur les fronts restants : application déterminée et sévère de la loi sur la prostitution, suppression des subventions publiques aux partis ne respectant pas la parité aux élections, véritable répression des entreprises payant moins les femmes parce qu’elles sont femmes, refonte et accroissement de la formation des acteurs de la sécurité à la prise en charge des victimes de violences conjugales, fermeté et sévérité demandées aux procureurs en la matière...

 

Agir à gauche, ce n’est pas nier les débats identitaires, religieux, sécuritaires. Oui, il y a aujourd’hui un très forte crispation sur ces sujets. Et céder à la facilité intellectuelle nous ferait certes être dans l’air du temps, mais nous éloignerait de nos valeurs communes, et donc de ce qui fait la France, et sa force. Il s’agit donc de lutter sans relâche contre les amalgames et les stigmatisations, de respecter strictement la laïcité - telle que nos lois et coutumes la définissent -, de défendre coûte que coûte l’État de droit face à ceux qui veulent le fossoyer au nom d’une vague promesse de sécurité. Céder à la peur et à la terreur et succomber à la tentation de la haine, voilà exactement ce que veulent les ennemis de l’humanité que sont les terroristes. Voilà donc exactement le contraire de ce que nous avons à faire. Il s’agit de rappeler que la France est riche et forte de ses valeurs, de sa République. Quoi qu’il en coûte, notre rôle premier se situe là : préserver ces deux dernières. Ainsi le débat identitaire ne doit pas être balayé d’un revers de main, mais on doit répondre car il s’agit de l’idée qu’on se fait de ce qu’être français veut dire. Pour nous, cela veut avant tout dire une chose : l’adhésion à une communauté de valeurs essentielles et de destin humaniste. C’est cela que l’on doit dire dans la bataille culturelle qui nous oppose à tous les extrémismes, à tous les intégrismes, et parfois même aux tentations totalitaires.

 

Agir à gauche, c’est assumer une vision différente du monde, assumer notre internationalisme. Car si l’internationalisme suppose l’existence de nations, il impose d’en revenir à la plus commune des communautés humaines : l’humanité. Il revient à dire que nous sommes avant tout tous humains. Qu’il faut ainsi coûte que coûte défendre et préserver la paix et la stabilité partout dans le monde, que chacun doit se sentir concerné, et la France l’est tout particulièrement. Le monde que nous vivons est en effet soumis à de rudes tensions, à de rudes crises, de rudes menaces ; à de rudes transitions, au fond. Ce monde là, en partie nouveau, invite d’abord à repenser notre rapport à l’altérité, et à la politique, au sens le plus premier du terme. Les échelles de nos vies évoluent, les échelles décisionnelles et politiques le doivent donc aussi. Ainsi devient évidemment centrale la question européenne. Et là aussi, notre rôle est essentiel autant que périlleux : notre horizon est le fédéralisme européen, et nous devons le dire. Il n’est pas besoin en ce domaine d’incantation, mais de projets concrets, car ce fédéralisme n’aboutira qu’après de nombreux petits pas. Ce combat est long, il n’est pas celui d’une seule génération, mais de plusieurs. Il nous promet un avenir meilleur : ensemble, unis dans nos diversités, nous serons plus forts. La formule paraît simple et facile. Elle est pourtant essentielle. Ainsi pourrions-nous par exemple défendre avec vigueur une véritable gouvernance politique et démocratique de la zone euro, un renforcement du rôle du Parlement européen et une évolution de son mode de composition et de désignation, une harmonisation sociale et fiscale, la possibilité pour l’Union de se doter d’un budget propre, de prélever l’impôt, de financer des grands projets européens…

 

Alors pour relever tous ces défis, il n’y a pas trente six solutions, il y en a même, je crois, bien moins. Il y a en tout cas une certitude : nous ne les relèverons jamais tant que notre système politique continuera à pourrir de s’être confondu avec un débat de personnes. Tous ces défis sont ceux de l’intelligence et du courage.

 

Il est bien sûr possible de gagner les batailles que nous menons, mais encore faut-il vouloir les mener et le faire avec ténacité. Le temps manque et je dois conclure. J’espère donc aujourd’hui avoir très modestement contribué à ce que notre projet et notre avenir promettent autre chose que cet insupportable sentiment général d’impuissance politique et de désillusion démocratique. L’urgence est là.

 

Merci à tous !

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