Discours à l'Université de rentrée du Parti socialiste de l'Hérault

  • Par mjs34
  • Le 18/09/2017
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Discours prononcé par l'Animateur Fédéral (Bastien Frayssinoux) du Mouvement des Jeunes Socialistes de l'Hérault à l'occasion de l'Université de rentrée du Parti Socialiste de l'Hérault (Sète, 2017).

 

Merci à tous d’être venus ici pour cette université de rentrée, dans une période inédite, où notre mobilisation est sans cesse rendue nécessaire et justifiée. Votre présence nombreuse aujourd’hui est à n’en pas douter un signal fort.

Contraint par le temps et convaincu de la nécessité de dire la vérité, ou du moins de se dire les choses entre nous en totale franchise, je veux avec vous partager quelques réflexions sur l’état de notre famille politique, au sens restreint comme au sens large.

Au sens large d’abord, et je veux commencer par là, c’est à dire la famille de Gauche. La Gauche est une grande famille, elle est une certaine idée de la France, et rassemble en toute diversité. Perdre de vue cet horizon, ce serait perdre autant que nous perdre.

Au sens restreint, ensuite, c’est à dire la famille socialiste. Celle qui suscite toute l’énergie militante que nous employons chacune et chacun ici au quotidien, celle qui concentre nos convictions et nos idées, nos débats et nos projets.

Parler de famille, cela a un sens. Oui pour nous, l’unité solide importe plus que la division stérile. Faire l’unité, parce qu’elle est la condition de toute victoire, ce n’est donc pas faire dans l’incantation, c’est faire converger les idéaux, nécessairement proches.

Ni épuration, ni exclusion donc, mais bien convictions, cohérence et sens du collectif. Nous vivons un tournant et notre existence est en jeu. Que voulons-nous faire ensemble ? Voulons-nous seulement déjà rester ensemble ? Ces questions sont essentielles.

Se les poser est salutaire tant les défaites que nous avons connues sont dévastatrices. Des défaites dont la responsabilité est bien collective, et je souhaite bien du courage à ceux qui en toute honnêteté intellectuelle tenteraient de les ramener à une responsabilité individuelle.

Nous sommes entre nous, disons les choses : la défaite provient bien sûr des trahisons ou défections de beaucoup de nos camarades, elle provient aussi d’un quinquennat qui, c’est le moins qu’on puisse dire, n’a pas suscité une folle adhésion parmi nos électeurs.

Mais elle provient également de notre incapacité, depuis des années, à jouer véritablement notre rôle de parti politique, qui concourt à la démocratie, capable de proposer une grille de lecture du monde, une analyse politique structurée, et un projet de société.

Nous ne sommes trop souvent que capables de nous accorder sur nos désaccords, quand il faudrait au contraire nous accorder sur nos idéaux, sur nos volontés de transformation sociale autant que sur la manière d’y œuvrer.

Pour parvenir à cela, il nous faut penser. Réapprendre à penser même. À penser ensemble surtout. Réfléchir aux réalités du monde, aux transitions à l’œuvre, aux solutions que nous pouvons porter... Cela ne peut se faire que si nous mettons de côté nos vaines querelles.

Les Jeunes Socialistes ont toujours eu à cœur d’y œuvrer, avec ambition. Ils ne manquent ni d’énergie, ni de convictions, ni de détermination, et sont fin prêts à contribuer activement à la refondation du Parti socialiste. Vous pourrez compter sur leur engagement.

Plus que dire cela, je me permets ici de vous proposer quelques pistes quant aux changements à opérer dans notre famille politique, bien sûr non exhaustives, et évidemment uniquement portées à la réflexion et au débat.

Au Mouvement des Jeunes Socialistes, nous militons depuis des années pour une redéfinition de corpus idéologique, à travers l’écosocialisme - prenant ainsi à bras le corps la question écologique. Tant la science que des évènements récents en montrent l’urgence.

Pour autant plus que jamais nous disons qu’il ne faut rien perdre de nos fondamentaux et donc repenser nos propositions en matière de lutte contre la pauvreté et les multiples inégalités, les violences de toutes sortes et les oppressions de toutes natures.

Mieux répartir les richesses, garantir à tous un revenu et un logement décents, abattre le patriarcat, lutter contre toutes les formes de racisme, de discrimination, de haine et d’exclusion, contre la violence pour elle-même ; voilà quelques objectifs politiques à ce titre.

Aussi, comment nier aujourd’hui l’histoire sociale, riche et séculaire, à laquelle nous sommes rattachés ? Et comment penser les recettes du siècle actuel avec les ingrédients du siècle dernier ? Partageons mieux le temps de travail, libérons le travail, libérons du travail !

Combattons également, et durement, triple dogme libéral, conservateur et réactionnaire, appliqué à l’Ecole de la République. Préservons ce bien si précieux de l’élitisme aussi déconnecté que destructeur de ces quelques uns qui veulent imposer leur vision à tous.

Enfin, adaptons notre ambition démocratique aux nouvelles architectures institutionnelles - intercommunalités, régions, Union européenne, ONU - ; pensons leur juste place, leur schéma de fonctionnement, et faisons de l’implication des citoyens plus qu’un slogan !

Dire tout cela, c’est oublier une chose, certes secondaire, mais non moins salutaire : la nécessité de changer nos modes d’organisation et de fonctionnement, vers plus d’efficacité et de démocratie. Rénovons en profondeur nos statuts, nos cadres militants et de débat !

Faire cela, ce n’est pas nous enfermer sur nous-mêmes, c’est au contraire être exemplaires et appliquer d’abord à nous-mêmes les principes que nous défendons pour les autres. Par suite, c’est la condition de tout, tant de notre crédibilité politique que de victoires futures.

Ma conclusion approche et je dois vous faire une confidence : ces quelques propos ne sont que liminaires. Ils ne sont en fait rien d’autre qu’une invitation à poursuivre ensemble un débat honnête, profond, sans faux-semblants, en toute rigueur, et par conséquent, fécond.

Je finirais donc avec René Char, qui disait si justement : “Le réel quelquefois désaltère l’espérance. C’est pourquoi, contre toute attente, l’espérance survit.” Merci !

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