Béziers : l'immonde, encore

  • Par mjs34
  • Le 12/10/2016
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0.06% des habitants. 40 sur 70 000 habitants. Voici en proportion et en absolu le nombre de migrants que Béziers doit accueillir en centre-ville, à l'initiative de l'Etat.

Les Jeunes Socialistes de l'Hérault se félicitent d'ailleurs du plan gouvernemental visant à démanteler l'insalubre camp de Calais et à répartir équitablement sur nos territoires les migrants, tout en leur garantissant des conditions d'accueil dignes et décentes.

Mais tout cela mérite-t-il une campagne de propagande d’inspiration sombre, incitant à la haine, totalement xénophobe et aux thèses les plus absurdes ?

La Ville de Béziers fait pleinement partie de la République. Le rôle qui lui incombe est d'y participer, de la construire en respectant ses valeurs et ses lois. Quelle triste spectacle de voir ainsi son maire dévier de son rôle, en utilisant les moyens publics dont il dispose, à des fins purement électoralistes.

A coup de propagande et discours vomitifs, qui voudraient légitimer les dérives xénophobes et fascistes, parlant notamment de "grand remplacement" - “théorie” de la bêtise humaine s’il en est -, pour nul autre motif ici que l’accueil de 40 migrants fuyant la guerre, les bombes et la détresse, Ménard salit la République.

Il ne s’agit plus de condamner ou d’accabler un discours nauséabond, il ne s’agit plus de subir d’affligeantes campagnes publiques. Devant une telle déshumanisation, il s’agit de se lever contre l’extrême droite la plus dure, d’expliquer aux biterroises et biterrois l’escroquerie qu’est Ménard.

Au fond, il s’agit surtout de convaincre sur ce qu’est la France : une patrie républicaine, la patrie des droits de l’Homme, une démocratie active.

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Commentaires (1)

Y.
  • 1. Y. | 18/10/2016
Dimanche16 octobre 2016,

Saisissant. Le catéchisme religieusement étudié, parfaitement appris, et plus ou moins bien assimilé, parvient à être restitué avec succès. Néanmoins la ficelle est un peu trop grosse et la ruse assez peu subtile pour ne pas interpeller le lecteur et l'amener à s'interroger, aussi profane soit-il.
C'est avec un certain intérêt que j'ai pris connaissance du communiqué écrit par l'animateur fédéral du Mouvement des Jeunes Socialistes de l'Hérault, daté du 12 octobre 2016, et dans lequel est dénoncée la campagne d'affichage, pour le moins immonde, menée par le premier magistrat de la ville de Béziers. Il est ici évidemment nécessaire de condamner de tels agissements tout en insistant sur le fait que, dans un État de droit, c'est à la Justice que revient la responsabilité de déterminer d'un point de vue juridique ce qui est légal et ce qui ne l’est pas. En outre, ce n’est certainement pas à une quelconque police politique de la pensée qui, osons le terme, se mue en politicienne, dès lors qu’elle relaie sempiternellement des propos qu'il s'agit de condamner moralement et publiquement et non pas de contribuer à surexposer, sans quoi, il conviendrait sans doute de nommer cela avec lucidité : une complicité passive dans l'entreprise de communication dans laquelle la majorité municipale de la ville dont il est question, par le biais de son édile, est devenue experte en la matière.
S'opposer à ce procédé qui consiste, depuis un peu plus de deux ans maintenant, à susciter la peur de l'autre et le repli sur soi, ne doit pas pour autant être une invitation à la caricature et pire encore, à une protestation qui ne serait qu'une posture dépourvue de fond.
On ne réussit pas à convaincre, à comprendre et à expliquer la réalité des choses avec l'invective d’une part et avec pléthore de lieux communs d’autre part (« haine », « vomissement », « heure sombre »), dont les citoyens ont compris qu'ils ne servaient qu'à leur imposer un contingentement de leur questionnement, de leur réflexion et de leur esprit critique. Seuls les idées, le discours, le réel bien senti et bien compris, permettent de susciter une adhésion ou, à défaut, une interrogation. J'essaie tant bien que mal de les trouver dans ce communiqué mais hélas, force est de constater qu'ils sont les grands absents de ce texte incomplet et, de facto, incompréhensible.
L'exemple biterrois est certes excessif bien que concret et, de ce point de vue-là, la condamnation doit être ferme et inconditionnelle : c'est ce qui nous distingue, nous autres républicains (vous et moi), de ceux qui n'ont trouvé dans l'exercice électoral qu'un moyen d'assouvir une ambition égotiste, nourrie par le ressentiment et un certain nombre de désillusions personnelles.
Toutefois vous qui aujourd'hui êtes les pourfendeurs virulents du maire de Béziers, où étiez-vous lorsqu'au soir du premier tour des élections municipales de 2014, vous avez décidé de vous maintenir au second tour (bien qu'arrivés en troisième position avec seulement 18,65% des suffrages), entraînant une triangulaire favorable à l'élection de celui qui aujourd'hui fait selon vous, dans « l'immonde » ? Votre responsabilité est pleinement engagée et le pompier pyromane se définit comme pyromane avant d'être pompier.
Il est bien aisé aujourd'hui d'user d'un ton critique, moralisateur parfois, voire tout simplement polémique, mais un engagement courageux s'inscrit dans la durée et n'est pas soumis, lorsqu'il est animé par de réelles convictions, aux diverses échéances électorales à venir. Cela s'appelle le courage, la conviction, la cohérence. Ce qui nous différencie de manière fondamentale, c’est le courage de la conviction, dans la cohérence.
Nombreux sont aujourd'hui ceux qui, parmi nos concitoyens, s'interrogent sur la manière concrète dont cette répartition des migrants sur le territoire national va s'effectuer (tous ne fuient pas la guerre contrairement à ce que vous dites et c'est d'ailleurs le Ministère de l'Intérieur qui nous précise que chaque cas sera traité selon les spécificités qui sont les siennes). Sont-ils pour autant adeptes de thèses « absurdes » ? Je ne le crois pas.
Dans le contexte économique et social actuel et avec la menace terroriste qui pèse sur notre pays – il n'y a évidemment pas de lien de causalité – les Français s'interrogent, et face à leurs craintes, à leurs inquiétudes, les seules réponses apportées sont purement statistiques : 40 migrants pour 70 000 habitants, cela ne représente que 0,06% de la population. Voilà un argument d'autorité qui illustre de manière édifiante votre capacité à vous saisir du réel dans toutes ses composantes, si bien que face à une affiche aussi démagogique que celle employée dans le biterrois, la construction de votre discours et son efficacité laissent groggy.
Mal construite, mal menée et a fortiori inefficace, l’argumentation finit enfin de ne plus convaincre lorsque dans ce même communiqué, il est d’abord question de « la patrie des Droits de l'Homme » et que dans le même temps, ce même Homme n’est réduit qu'à une statistique. Cela dit, vous n'en n'êtes pas à un paradoxe prés.
Lorsque l’incohérence de la pensée rejoint celle des actes pour paraphraser Voltaire, alors nous pénétrons dans un espace où le règne de la seule folie est admis. Je pense simplement que la crainte ressentie par nos concitoyens est compréhensible et sans doute parfois justifiée. Nier l’évidence serait une faute majeure. Non, tous ceux qui s’interrogent ne sont pas xénophobes, non, tous ceux qui se questionnent ne sont pas d’une droite extrême et extrémiste, non, tous ceux qui doutent n’ont pas été amputés d’intelligence et de pragmatisme. Cette condescendance que l’on retrouve dans votre idéologie depuis Jules Ferry dans son discours du 28 juillet 1885 (« Les races supérieures ont un droit sur les races inférieures ») semble s’être exacerbée et avoir pris une forme nouvelle. Il s’agit désormais de décider, par l’intermédiaire d’une police de la pensée, de ce qui est bien et mal, juste et injuste, pensable ou non, dicible ou non. Il est toujours fascinant d’observer à quel point le peuple Français mute et évolue bien plus rapidement que la classe politique qui le représente (et la généralisation est ici acceptable et parfaitement admise). Ce qui en revanche est inquiétant et particulièrement atterrant, c’est de voir ô combien cette jeunesse politique est…apolitique et profondément ancrée dans un répertoire d’action désuet et dépassé de trois décennies.
Pour revenir à la question migratoire, force est de constater qu’aucune pédagogie n’a été entreprise, aucune concertation préalable initiée, aucune consultation envisagée. Il s'agit simplement au nom de vertus universelles de répondre à l'une des plus grave crises migratoires que l’Occident ait eu à subir – bien que les déplacements les plus massifs se soient effectués au Levant (Jordanie, Liban) – en l’imposant au Citoyen sans qu’on ne lui concède une véritable place dans ce processus où toutes les synergies sont et seront nécessaires. Ce n'est pas rendre service aux migrants accueillis avec un certain repli sur soi et une certaine méfiance.

Vous qui vous adressez aux Français pour qu’ils réagissent, combattent et se dressent contre l’instrumentalisation de cet état de fait qui est manifeste à Béziers, qu’avez-vous fait ?
Il est impératif d’apporter des réponses concrètes, mais il est davantage nécessaire de dresser un état des lieux initial – ou diagnostic – pour comprendre ce dont il s’agit. Il faut se rendre à l’évidence, vous avez contribué à la création d’un sillon dans lequel vous avez permis et encouragé avec une passivité active, le développement et la croissance d’un repli identitaire inquiétant, mais aussi et surtout la consolidation et le renforcement d’un électorat et d’un discours politique auquel vous n’apportez aucune contradiction rigoureuse et idéologique.
Nous retrouvons là ce que j’ai qualifié plus haut de « pompier pyromane ». Pardonnez la métaphore, mais elle correspond, à mon sens, à l’illustration imagée la plus en adéquation avec la réalité vécue et observée. Elle décrit en fait une posture malsaine dans laquelle vous semblez vous complaire depuis plusieurs années : utiliser le prolétariat immigré en l’opposant de manière systématique – à des fins électoralistes et bassement politiciennes – au Français que l’on qualifiera « de souche » bien que cette expression soit quelque peu gênante et inappropriée. L’immigré, « chance pour la France » hier, ayant pris conscience de la supercherie, est aujourd’hui devenu suspect, dangereux, et pour s’en convaincre, il suffit de relire les diverses prises de positions du gouvernement actuel et les commentaires parfois inquiétants de certains de ses membres. Nous sommes en droit de nous interroger et de nous préoccuper.

L’électorat de cette gauche – une gauche qui a dépassé par la droite bien des hommes de la droite la plus à droite – n’existe plus et il est à craindre que derrière cette posture droit de l’hommiste, le migrant ne soit ni plus ni moins que l’objet d’une trahison à venir.

Y.

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